Déraillement du TER Normandie : se poser les bonnes questions avant toute conclusion
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Les faits et rien que les faits tout d’abord : un TER déraille, plusieurs passagers sont blessés à des degrés divers et la catastrophe a été évitée de justesse. Le reste, tout le reste, repose sur des interprétations... parfois pertinentes, parfois moins...
Questions et interrogations
Le rail, sa présence, sa mise en place
Un rail d’une longueur d’environ 5 mètres a été retrouvé après l'accident au milieu de la voie empruntée par le TER. Le conducteur du train l’AURAIT aperçu avant la collision et aurait freiné d'urgence en conséquence. A vérifier à ce stade, le témoignage officiel du conducteur.
Ce rail aurait été placé de manière à chevaucher l’un des rails de la voie. A-t-il été placé délibérément à cet endroit, a-t-il chuté en cours de manipulation par des personnes externes à la SNCF, est-il tombé d’un train précédent ? Selon la SNCF, aucune circulation susceptible de laisser tomber un rail (train de fret ou de l’Equipement) n’aurait emprunté la voie avant le passage du TER. Vérifier la réalité de cette affirmation.
L'hypothèse des ferrailleurs : beaucoup d'effort pour un gain insignifiant
Des ferrailleurs venus récupérer du métal ayant abandonné le rail sur la voie suite à des difficultés de transport ? Pourquoi pas ? Mais ce rail de 300 kg ne leur aurait rapporté qu’une soixantaine d’euros. Beaucoup d’efforts pour peu de gain ! L'hypothèse est donc moyennement crédible.
Une volonté de faire dérailler un train ? Pourquoi, alors, une telle démesure dans les moyens mis en œuvre ?
Pourquoi s’acharner à déplacer un rail de 300 kg pour faire dérailler un train ? Il existe, hélas, d’autres méthodes bien moins contraignantes. D’autant plus qu’il aurait fallu pour opérer de la sorte repérer à l’avance la présence de ce rail, vraisemblablement posé à l’extérieur des voies suite à son remplacement, organiser et planifier l’acte, mobiliser toute une équipe et le matériel nécessaire à sa mise en place. Quant à l'idée de l’avoir transporté sur une plus longue distance, cela devient alors peu réaliste. Plusieurs éléments qui interrogent sur un acte de malveillance réfléchi à l'avance ! A noter, à ce sujet, l’évolution du discours officiel le lendemain de l'accident : Le Ministre des Transports envisageait clairement l’acte de malveillance le matin, position fortement tempérée par le Procureur de la République le soir même.
Un positionnement contre-intuitif : fait du hasard ou fine connaissance de la technologie ferroviaire ?
Ce qui interpelle aussi, c’est l'orientation du rail retrouvé sur la voie. Selon le témoignage du conducteur, l'obstacle n’aurait reposé que sur une file (en cavalier), ce qui est contre-intuitif pour un groupe qui se serait donné la peine de déplacer 300 kg pour faire dérailler un train. A moins que les auteurs ne maitrisent parfaitement le mode de fonctionnement des installations de sécurité… On en viendrait alors à un acte de malveillance, ou plutôt à un acte criminel, voire pire en cette période de vigilance Vigipirate renforcée.
Des intervenants rompus aux techniques ferroviaires… qui mettraient cependant en œuvre des moyens totalement disproportionnés par rapport aux objectifs visés ? Ca sonne faux !
La plus grande prudence s'impose avant de conclure
Toutes ces questions et réflexions rappellent une nouvelle fois la nécessité d'éviter toute conclusion hâtive et autres spéculations. Les enquêtes démontrent souvent que la réalité est moins manichéenne qu’il n’y parait. D’où la prudence que je me suis toujours imposée en répondant aux médias, tant hier qu'aujourd'hui, et mon invitation à examiner méticuleusement et sans a priori l'ensemble des causes des accidents, même les plus improbables. Peut-être serons-nous surpris, lorsque la vérité éclatera au grand jour... Du moins si c'est le cas !