Gilets Jaunes : ce soir, Macron sur le fil du rasoir

Tout s'est "bien passé" samedi . Fort heureusement, le scénario catastrophe ne s'est pas déroulé. Cette fois, les responsables politiques ont fait confiance aux pros du maintien de l'ordre. Il n'y a pas eu de morts, pas de blessés graves. Les Gilets Jaunes ont été préventivement débarrassés de tout ce qui aurait pu les empêcher d'inhaler la bonne odeur des gaz, qui n'avaient rien d'hilarant. Même les lunettes de ski y sont passées. Il eut été dommage que personne ne profitât pleinement des milliers de grenades lancées pour agrémenter le spectacle. Pauvres Gilets Jaunes pacifiques qui erraient sans savoir où aller, bloqués tantôt par la police, tantôt par la gendarmerie, lorsqu'ils n'étaient pas arrêtés et placés en garde à vue "de manière préventive". Ils sont repartis écœurés, dépités, certains quand-même passablement amochés... mais vivants et toujours déterminés.
Macron pourrait presque se féliciter du « succès » de l'opération de maintien de l'ordre. Le risque de drame l'a frôlé, surtout avec ces nombreux lycéens souvent inconscients des dangers. D'une certaine manière, ces flics qu'il a exténués au fil du temps lui ont sauvé la peau peut-être contre leur gré. D'autres ont eu moins de chance. Les victimes des casseurs pour commencer. L'Arc de Triomphe a cette fois été préservé, mais que de commerces saccagés et dévalisés, de vitrines brisées, de véhicules incendiés... Se pose LA question : si de telles violences n'avaient pas eu lieu, le Gouvernement aurait-il commencé à reculer ? Malgré 33 jours de grève, le même n'avait strictement rien cédé aux cheminots et repartait de plus belle vers des réformes de plus en plus anti-sociales... jusqu'à ce qu'une goutte d'essence ne fasse déborder le vase.
Il ne s'agit pas là, bien sûr, de légitimer des comportements extrêmes. Pas plus que justifier l'attitude de ces racailles par une quête de justice sociale. Cette revendication, elle, c'est celle des Gilets Jaunes, les vrais. Ceux qui, loin d'être résignés, préparent dès à présent un acte 5, peut-être 6, avec des ambitions saines, une démarche pacifique, et des convictions inébranlables. Et que Macron a sans doute l'ambition de faire tourner en rond une nouvelle fois sous une pluie acide. Il s'agit de pointer à ce niveau les abysses dans lesquels ce Gouvernement a plongé le dialogue social français. Si seules la violence et les craintes des répercussions économiques des blocages sont en mesure d'infléchir l'attitude dictatoriale, l'arrogance et le mépris d'un Pouvoir envers son peuple, c'est que le « pays des Droits de l'Homme » est résolument tombé bien bas.
Macron reçoit aujourd'hui les « Corps Intermédiaires » et autres « Partenaires Sociaux »... En résumé, tous les interlocuteurs qu'il avait jusqu'à présent toisés, négligés, écartés et affaiblis. Une sorte de retour à une case départ qu'il s'était fait plaisir de contourner. Avoir l'ambition de renouer un dialogue social de qualité ? Attila n'a pas cela dans les veines, mais que faire d'autres... Les Gilets Jaunes ne disposent pas de représentant légitime, leurs revendications ne sont pas formalisées... Quant aux casseurs, une seule manière de réfréner leurs actes est de limiter les opportunités d'exprimer leur violence. Macron se voit donc obligé, a minima, de faire semblant de discuter. Pas sûr qu'une telle mise en scène soit du goût de tous les acteurs.
Le Chef de l'Etat doit s'exprimer ce soir à la télé. A ce stade, son impopularité est telle que son image et le son de sa voix constituent déjà, pour une partie de la population, une provocation. C'est dire la difficulté de l'exercice pour quelqu'un qui a bien fait de garder le silence avant les manifestations (lire ICI) mais qui ne peut se terrer indéfiniment devant la France. Ce qu'attendent les Gilets Jaunes, c'est plus de justice sociale pour les plus modestes, moins de contraintes, de prélèvements et de taxes, en quelques mots, de vivre décemment. Mais ce qu'exigent avant tout les français, c'est de ne plus être infantilisés, provoqués, insultés à l'autre bout du monde par un gamin arrogant au cerveau hypertrophié. Quand Macron aura compris que son problème, c'est Macron, il aura fait un grand pas en avant. Un aveu qu'il ferait bien d'exprimer, dès ce soir, à la télévision.
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