TER « Cargo » entre Nice et Breil sur Roya… Peut-on vraiment s’en réjouir ?

Publié le par Bernard Aubin

 

Pour la chambre régionale des comptes, la ligne Nice Tende constituait en 2019 une « aberration économique ». La SNCF envisageait même une fermeture partielle à l’horizon 2022. En cause, le peu de "rentabilité" de la relation et l’état des infrastructures qui nécessitait d’importants investissements que personne ne voulait financer : de 60 millions d’euros à plusieurs centaines si les performances de la ligne devaient être améliorées.

Ironie du sort, c’est la tempête Alex et ses impacts dramatiques qui allaient démontrer l’utilité du rail. Le phénomène climatique a emporté plusieurs ponts routiers qui ne seront pas reconstruits avant des mois. Si bien que le seul trait d’union entre les habitants de la vallée de la Roya demeurera pour un certain temps le train, justement sur cet itinéraire voué à disparaître. La voie n’a pas subi de dégâts majeurs et les circulations devraient atteindre Fontan dès aujourd’hui. Pour le reste de la ligne, il faudra compter quelques semaines supplémentaires.

En attendant, le train permet déjà de désenclaver l’un des villages sinistrés, Breil-sur-Roya, et cela depuis pratiquement le lendemain de la tempête. Inutile, cette liaison vers l’arrière-pays ? Pas assez rentable ? Une nouvelle fois, l’approche purement économique des cours de comptes nationale ou régionales démontre ses limites. Au pire, certains comptaient  sur le privé pour poursuivre l’exploitation de la ligne à moindre coût…

La concurrence se serait-elle mobilisée comme l’a fait la SNCF pour venir au secours des habitants, et surtout sans obtenir de garantie préalable du paiement des prestations livrées ? Une entreprise qui, selon certains cheminots, avait déjà volé au secours des habitants de la même vallée en 1995, lors d’éboulements routiers, sans jamais avoir été rétribuée pour les moyens mis en œuvre. Oui, le train, et surtout la SNCF, ça peut encore servir, surtout quand la nation, ou une région, est confrontée au pire.

Le moment ne se prête pas à la polémique. L’urgence est bien de mettre tous les moyens, ferroviaires en l’occurrence, en œuvre pour que les produits de première nécessité et autres denrées alimentaires puissent parvenir le plus rapidement possible aux sinistrés. Mais l’on peut quand-même s’autoriser une interrogation : pourquoi avoir désossé un TER pour le transformer en train-cargo ? Un problème de hauteur de quai nous affirme la SNCF.

Sauf que la gare de Breil sur Roya compte encore des voies de service accessibles aux trains de fret. Que fait Fret SNCF ? Les trains de marchandises existent-ils encore ? Les médias et la SNCF s’extasient devant la prouesse technique consistant à transformer en un temps record un TER en train de fret. Sans dénier les compétences mises en œuvre pour réaliser cet exploit, on est en droit de mesurer le côté paradoxal de l’opération, du moins pour desservir Breil...

Quelle sera la prochaine idée géniale ? Disposer des chaises dans des wagons couverts pour acheminer les voyageurs lorsque la SNCF manquera de rames voyageurs ? Décidément, nous vivons à une époque où plus rien ne choque. Pour preuve, l’engouement de nombreux technocraticos-écolos-bobos pour le ferroutage alors qu’il est si simple de charger directement les marchandises sur des wagons !

A condition, bien sûr, de ne pas avoir démonté les installations de fret ferroviaire sous prétexte qu’elles n'étaient pas "rentables" !

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

ANDRE CEULEMANS 09/10/2020 15:51

Question: ce ter n'est pas une ligne métrique ? sinon, c'est vrai que quelques wagons débachvit directement des usines d'emboutaillages pouyvaient faire l'affaire...

Bernard Aubin 09/10/2020 18:16

Vous confondez sans doute avec la ligne privée Nice-Digne qui est en métrique. Sur Nice Tende, l'écartement est normal.