SNCF : Farandou entre dans le dur

Publié le par Bernard Aubin

 

Jusqu’au bout il aura manié la provocation. « Grève illégale » pour qualifier un droit de retrait, sanctions brandies contre des cheminots que la productivité, le « management » à l’américaine, la technocratie et la désorganisation de l’Entreprise qu’il a engendrés ont usé jusqu’à l’os, Guillaume Pepy s’en est allé. Il offre en héritage à son successeur un dialogue social en ruine, délibérément achevé par ses dernières paroles à la tête de l’Entreprise.

A quoi doit-on s’attendre avec Jean-Pierre Farandou ? L’homme, a priori plus lisse, n’en sera pas moins déterminé à poursuivre la tâche pour laquelle il a été nommé. Il devra mener à bien l’éclatement de la SNCF, l’arrivée de la concurrence, la gestion d’un Fret SNCF moribond, et surtout affronter des cheminots remontés comme jamais. "Cette agitation témoigne de la préoccupation des salariés. Je l’entends. Quant aux organisations syndicales, elles estiment que le dialogue social est insuffisant. Je veux renouer le fil", a-t-il récemment déclaré.

"Il ne peut pas y avoir un bon service aux clients s’il n’y a pas une paix sociale dans l’entreprise. Je vais voir au plus vite chacune des quatre organisations représentatives. Ce mot, ' représentatif ', a du sens pour moi". Premier faux pas au lendemain de sa nomination ? La SNCF compte 9 organisations syndicales (CGT, UNSA, SUD-Rail, CFDT, FO, FiRST, CGC, SNCS, CFTC). Le nouveau Président vient de se faire 5 "amis" :  les syndicats exclus apprécieront. Mais il y a pire.

Le conflit survenu récemment à Châtillon récemment n’est pas le fait de syndicats, « représentatifs » ou non. Il est le fait d’agents qui, réagissant spontanément, on de fait mis en cause la légitimité de toutes ces organisations. Affaiblir les syndicats, "représentatifs" ou non selon les critères légaux, c’est prendre le risque de se retrouver au mieux confronté à des coordinations, et au pire, à des individualités. Ingérable tant pour une entreprise que pour un Gouvernement… qui au passage ne récoltent que ce qu’ils ont a semé.

Autre point de nature à tempérer les convaincus d’un renouveau social après le départ de Guillaume Pepy. L’affaire du droit de retrait. Un accident mettant en cause un train et un convoi exceptionnel révéla des failles de sécurité. Conducteurs et contrôleurs cessèrent le travail… mais n'ont pas fait grève. Tout salarié qui se sent en danger peut se retirer de son poste, sans s’exposer à sanction ou retenue sur salaire. Or, Gouvernement et Direction SNCF avaient immédiatement promis des sanctions à l’encontre des agents impliqués.

Méthode plus douce après l’arrivée de Farandou ? Les sanctions ne sont plus à l’ordre du jour dans cette affaire. La SNCF renonce à saisir la Justice pour faire requalifier le droit de retrait en « grève illégale ». Sauf que le Secrétaire d’Etat aux Transports précise : "les sanctions existent déjà puisqu'il y a un non-paiement des jours de grève, et la SNCF s'y tiendra". De deux choses l’une. Soit le droit de retrait est reconnu, et alors aucune retenue sur salaire n’est autorisée, soit c’est une grève, et alors les jours travaillés ne sont pas payés. Mais aucune solution intermédiaire n’existe. Première incohérence.

Second point qui n’aura échappé à personne. Les menaces de débrayages sauvages ou non se multiplient à la SNCF. De plus, l’action interprofessionnelle programmée le 5 décembre est susceptible de déborder tant dans le temps que dans les actes. « Que cherchez, vous, une guerre civile ? » adressait récemment une citoyenne à un Macron toujours aussi sûr de lui, du moins en apparence. A la veille d’un mouvement qui pourrait devenir incontrôlable, on fait mine de lâcher quelques miettes, et on se prend déjà les pieds dans le tapis.

 

Farandou entre dans le dur. Il a accepté sa mission en toute connaissance de cause. Il devra l'assumer, et surtout s’améliorer… si le Gouvernement l’y autorise. Un paris qui est loin d’être gagné d’avance.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article