Gilets Jaunes... Attention, danger !

Publié le par Bernard Aubin

 

Retour en arrière

1988 : il y a 30 ans, les infirmières se mobilisaient spontanément en coordination pour défendre leur statut. Elles n'avaient pas supporté l'ouverture de leur profession à des non-bachelières autorisée par un décret publié l'année précédente par le gouvernement Chirac. Le 13 octobre, 100 000 sur les 400 000 que compte la profession descendaient dans la rue. L'expression d'un ras-le-bol qui puisait également sa source dans la dégradation de leurs conditions de travail, de faibles rémunération, et le sentiment  d'être méprisée par le Gouvernement de l'époque. Face à cette contestation, soutenue par l'opinion publique, et finalement encadrée par un mode nouveau, le décret fut finalement abrogé et les salaires revalorisés.

 

1992 : 1er juillet : le Gouvernement met en place le permis à points. Grosse colère des routiers qui y voient une menace directe pour leur emploi. Cette fois, aucune véritable « coordination » ne naît entre routiers. L'action n'est pas non-plus organisée par un quelconque syndicat. La mobilisation générale des chauffeurs est spontanée. Les barrages se multiplient dans toute la France. Problème, le Gouvernement de l'époque ne dispose d'aucun interlocuteur pour négocier une éventuelle sortie de conflit. Les médias découvrent, sur un barrage, un « personnage » tel qu'ils les aiment. Un routier sympa dont  l'indicatif de cibiste est "Tarzan". Le Premier ministre se rabat alors sur ce salarié bien démuni face à la jungle politico-technocratique. Entre Bérégovoy et le roi des ondes,  l'échange est viril, respectueux, mais peu productif. Finalement, les syndicats reprennent la main au bout d'une dizaine de jours et négocient une sortie de. Le permis à points, lui, a été maintenu.

 

1995, novembre : les cheminots se mobilisent dans le cadre d'une grève carrée de 24 heures. L'une de leurs cibles : le « plan Juppé » qui prévoit l'allongement de la durée de cotisation de 37,5 à 40 annuités pour obtenir le taux plein de retraite. A la SNCF, la Secrétaire d’État aux Transports présente le nouveau « contrat de plan » prévoyant la suppression de 6000 km de lignes, de 73 000 emplois et la hausse du prix des billets de 6% en contrepartie d'une reprise partielle de la dette (environ 15 milliards d'euros). Une dette qui, déjà à l'époque, relevait de la responsabilité quasi-exclusive de l'Etat. Ces mesures ont été ressenties comme de véritables provocations par les cheminots. La mobilisation fut spontanées, dépassant le cadre des 24 heures  prévu par les syndicats. Le 12 décembre, au point culminant de la grève, 2 millions de manifestants sont dans la rue, aux côtés des cheminots. Les syndicats de la SNCF, après quelques jours de flottement, avaient assez rapidement pris le contrôle du mouvement et formalisé deux  revendications essentielles : le retrait du "plan Juppé" et du "Contrat de Plan". Le régime spécial des cheminots sera intégralement maintenu et le Contrat de Plan jeté aux oubliettes...

 

Moralités

 

  1. Pour que la mobilisation paie, elle doit être de grande envergure, ciblée sur des objectifs précis et clairement formalisés. Une  mobilisation modeste n'impressionne personne. Une  mobilisation de taille ne laisse jamais indifférent, mais peu peiner à déboucher sur du concret lorsqu'elle n'est pas structurée. Inorganisé, mobilisé autour de revendications diverses voire contradictoires, un mouvement peu cependant constituer une véritable menace pour le Gouvernement s'il se répète dans le temps. Le terrain devient alors propice à la radicalisation et aux dérives. L'absence de fil conducteur et d'interlocuteur légitime rend hypothétique la sortie d'un conflit et peut l'amener à dégénérer.

 

  1. Si les syndicats impulsent et organisent des actions de défense des intérêts des salariés, certains conflits se déclenchent sans véritable intervention de leur part. Les trois conflits cités plus haut sont spontanément nés d'une montée du ras-le-bol, de l'accumulation de provocations, d'un sentiment d'être méprisé, qui s'ajoutent à un quotidien de plus en plus difficile à vivre. En France, les éléments d'un cocktail explosif sont réunis depuis quelques mois déjà. Le détonateur ? Ce mépris et cette arrogance d'un Gouvernement résolument autiste, qui viennent s'ajouter à la multiplication des contraintes quotidiennes. La manifestation des Gilets Jaunes est le  prémice annonciateur d'un tremblement de terre qui se pourrait être ravageur.

     

  1. La modification des Instances de Représentation du Personnel, décrétée et progressivement mise en œuvre par Macron, vise incontestablement à affaiblir les syndicats. A titre d'exemple 80 % des représentants du personnel pourraient disparaître à la SNCF dès 2019, avec la mise en place des Comité Sociaux Économique. Ces nouvelles instances, éloignées des réalités du terrain, et comprenant un nombre très réduit de représentants du personnel, ne seront plus en mesure de pratiquer un véritable dialogue social et encore moins de régler les "irritants", ces problèmes quotidiens qui pourrissent la vie des salariés et font monter la grogne. Cette mesure s'ajoute à celles déclinée en 2008, sous Sarkozy. Elles avaient déjà fracturé et fragilisé le camp syndical. Depuis, la voie semble libre pour imposer les pires reculs sociaux. Sauf que les gouvernements successifs alimentent une poudrière après avoir fermé des casernes de pompiers. Dans ce contexte, une petite étincelle dans cette poudrière régulièrement alimentée, et c'est le risque d'explosion et d'incendie incontrôlés.

 

Les Gilets Jaunes

 

Les caractéristiques qui distinguent ce mouvement des expressions passées  :

 

L'hétéroclisme, voire la divergence des revendications : à l'origine, la mobilisation avait pour finalité de condamner la hausse du prix des carburants. Au final, l'action se résume à contester la politique menée par Macron et son Gouvernement. Pas sûr qu'en creusant un peu les objectifs de chacun, on ne trouve pas sur le même barrage routier des manifestants dont les attentes sont globalement opposées... Seul point de convergence entre les uns et les autres, au passage révélateur, c'est le ras-le-bol de la baisse du pouvoir d'achat et de de l'arrogance insupportable du Gouvernement. C'est souvent le sentiment d'être méprisé qui, au delà des autres motifs de contestation, s'est révélé le plus mobilisateur dans tous les grands conflits.

 

L'absence totale de stratégie et de vision d'avenir de la part des participants. Les manifestants se réjouissent de l'indépendance de leur mouvement et condamnent toute tentative de récupération. Soit. Sauf que pour gagner un guerre, une armée se doit d'être organisée, son ennemi clairement identifié. Les batailles se doivent de servir une cause. De deux choses l'une. Soit le mouvement s'organise, autour de structures similaires à celles qui existent déjà mais qui sont contestées, soit il demeure dans le chaos. Dans ce dernier cas, il s’essoufflera ou tournera à l'anarchie. Avec au passage, des risques d'embrasement de diverses catégories de la population.

 

L'opposition des français entre -eux. La solidarité entre salariés semble avoir totalement disparu. Lors de la récente grève SNCF contre la réforme, les cheminots n'ont non-seulement pas été soutenus comme en 95 mais leur action a été condamnée par l'opinion publique. Cette évolution des mentalités vient de nouveau de s'illustrer sur les barrages des Gilets Jaunes : altercations entre manifestants et automobilistes, barrages forcés, une personne décédée et 400 blessées, expressions virulentes d'opposants aux mouvement... « Vous m'empêchez de profiter de mon jour de repos... Vous pouvez tout bloquer mais pas moi... ». Fait nouveau, l'hostilité survient dès le premier jour de blocage et s'exprime de manière particulièrement brutale. Ce qui amène à redouter qu'une montée de la colère pourrait également prendre la forme de conflit civil.

 

 

Pour conclure

 

Même en perte de vitesse à pour l'instant, le mouvement des Gilets Jaunes révèle une montée générale du ras-le-bol en France. Au delà de ce premier constat, il n'y a guère de convergence réelle des revendications, de vision d'avenir, d'organisation, de perspectives à moyen ou long terme...

Ce mouvement s'inscrit dans l'immédiateté alors que la défense des intérêts nécessite anticipation, actions régulières et suivies, projection sur l'avenir, organisation des actions. Il n'en est pas moins très dangereux pour le Gouvernement. Pas encore au stade actuel, mais s'il venait à inspirer d'autres initiatives similaires qui échapperaient rapidement à tout contrôle.

Le Pouvoir actuel a tout détruit autour de lui : opposition, syndicats,...Du coup il s'est privé des moyens  de canaliser les contrariétés et d'interlocuteurs légitimes en capacité de négocier. 

Dans ces conditions, un conflit pourrait rapidement prendre d'énormes proportions, essaimer à toutes les strates de la société, déboucher sur une sorte de bagarre générale dans laquelle chacun donne des coups sans savoir à qui ni pourquoi. Et plus personne pour sortir de ce bourbier. En un mot, le chaos. Un scénario catastrophe ? Sans doute. Mais pas si irréaliste que ça.

Nul ne doute que Macron se trouvera le moment venu à l'autre bout de la planète, comme lors de chaque conflit. Son Premier ministre sera alors bien inspiré de changer de disque. « J'ai écouté, mais je suis le cap qui a été fixé »... jusque dans le mur ?

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Commenter cet article

BOUCHER 02/12/2018 13:34

Il a voulu se passer des syndicats de toute obédience,qu’il se démerde maintenant car aujourd’hui le seul problème c’est Macron et sa superbe suffisance !