SNCF : 80ème… et dernier anniversaire ?

Publié le par Bernard Aubin

 

Dès son accession au pouvoir, le nouveau Gouvernement laissa rapidement entrevoir des interrogations sur le sort qu'il allait finalement réserver à la SNCF.. et aux salariés en général. Sur le plan social, tout d’abord. Le programme du candidat Président était on ne peut plus clair, tant en ce qui concerne l’avenir des régimes spéciaux de retraite que de celui du Code du Travail. Les ordonnances ont été promulguées l’année dernière. Elles constituent un recul sans précédent. Quelques semaines ont suffi pour balayer des décennies d’évolutions sociales. Le dialogue social sera progressivement remis en cause, avec la disparition des DP, CHSCT et CE au profit d’instances éloignées du terrain, dont l’efficacité sera inversement proportionnelle aux périmètres démesurés qu’elles couvriront.

 

Concernant le rail, le sort semble en être jeté. Les « Assises Nationales de la Mobilité », organisée par le Gouvernement, l’ont délibérément exclu de tout débat, allant jusqu’à bannir l’acronyme SNCF des interventions des participants (lire ICI). L’ancien PDG d’Air France KLM devrait bientôt restituer ses réflexions sur l’avenir du système ferroviaire. Il serait naïf de croire, ou d’espérer que sa plume n’a pas été guidée par ses commanditaires. En juillet 2017, Emmanuel Macron laissait entendre que l’Etat pourrait éventuellement reprendre une partie de la dette réintégrée en 2014 au sein de la SNCF par la « loi portant système ferroviaire ». L’Etat reprendrait donc sa propre dette en contrepartie de la suppression du Statut et du régime spécial de retraite des cheminots. Une orientation confirmée à demi-mots par Elisabeth Borne qui déclare que « les cheminots devront faire des efforts »…

 

Il est vrai que les cheminots sont grassement payés à ne rien faire. Du coup, pourquoi ne sacrifieraient-il pas leurs « privilèges » pour financer les traites et la maintenance de voies ferrées ouvertes à une concurrence... qui bientôt les éjectera du réseau national ? Allons jusqu'au bout de cette logique perverse !  C’est sans-doute l'oisiveté qui  mène le personnel à des dépressions, « burn-out » ou pire. 50 cheminots se sont donnés la mort en 2017, peut-être pas que pour des motifs personnels… Des incapables qui n'ont pas su surmonter les "efforts" déjà imposés ? Et puis, tant qu’à faire, autant muter les agents dans les entreprises privées… La menace guette les agents chargés des missions TER…dans un premier temps. La problématique est connue de longue date, mais sa traduction dans les faits approche. Des voix s’élèvent de toutes les Régions pour réclamer l’arrivée de la concurrence. Ironie du sort, les décideurs les plus virulents à l'égard de l'Entreprise ont tous fait partie de Gouvernements ou de formations politiques dont les décisions ou l’indifférence plombèrent  gravement l'efficacité de la SNCF. Ils n’ont honte de rien !

 

Autre sujet qui revient au-devant de la scène, la privatisation de Fret SNCF. Ou plutôt de ce qui reste de cet ancien fleuron de l’Entreprise Publique, qui contribua jadis ou développement de notre pays. La Direction dément cette perspective. Mais un passé récent démontre qu’elle s’assoit avec la même désinvolture sur ses propos que sur sa propre réglementation du personnel. Parfois, une seule semaine sépare le démenti officiel de la confirmation d'une "rumeur"… Malgré les discours incantatoires de politicards de tous bords en faveur du « développement durable » et autre rééquilibrage des transports en faveur des modes moins polluants, les décisions  arrêtées par les décideurs français et européens ont délibérément mis en difficulté le rail : non-intégration des coûts externes dans la facturation des transports, mise en circulation des 44 tonnes, suppression de la taxe poids lourds (dite Écotaxe), ouverture des routes et des rails à une concurrence non-maîtrisée, promotion du dumping social... Fret SNCF n’a pas besoin d’aumône ou de subventions pour vivre, seulement de règles et de lois en faveur d'une concurrence honnête et équilibrée… Le contraire de celles édictées par l’Union Européenne.

 

Le quotidien « Les Echos » affirme que l’Activité « devrait être recapitalisée à hauteur de 3,5 milliards minimum d'ici au début de 2019 » et que « Bruxelles posera ses conditions, et imposera a minima une filialisation ». Le journal revient sur les pertes qui s’accumulent, malgré la « réduction de la voilure ». Un doux euphémisme : en sept ans, les effectifs ont été divisés par deux. 7500 emplois ont disparu dans la plus grande indifférence, des milliers de tonnes de marchandises ont été ravies au rail. Elles sont en grande partie transportées sur nos routes par des conducteurs étrangers payés au lance-pierre, qui travaillent dans des conditions abominables. Face à un tel défi, ni Fret SNCF, ni d’autres opérateurs ferroviaires ne peuvent lutter. Les dés sont pipés. Là se trouve la vraie cause du mal, pas dans les performances du rail en général ou de Fret SNCF en particulier !

 

A la demande de l’Arafer, l'Entreprise est censée « prendre les mesures correctives nécessaires pour y remédier dans un délai raisonnable ». Ce qui signifie une recapitalisation conditionnée à la filialisation de l’Activité. Selon certaines sources, le processus devrait être lancé d’ici début 2019. Résumons. Des politiciens qui, après avoir abandonné la SNCF à son sort, réclament la concurrence. Des technocrates ultra-libéraux bruxellois, dont les directives placent délibérément le rail dans une posture inextricable, réclament la filialisation de ce qui a survécu à leur politique de casse. Un Gouvernement qui exclut le rail des débats sur les transports d’avenir, mais se souvient de l’existence de la SNCF lorsqu’il s’agit d’imposer des reculs sociaux à son personnel…

 

Que la SNCF fête bien son 80ème anniversaire. A ce rythme, ce sera sans doute le dernier ! A moins que les cheminots ne réagissent et soit soutenus par une opinion publique consciente des menaces qui pèsent sur le modèle socio-public français. Un pari qui reste à gagner.

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Claire 28/02/2018 15:10

C'est bien triste tout ça... Je vois que doucement mais sûrement la France est en train de perdre tous ses acquis sociaux...et tout ça au nom de l'égalité...mais quelle égalité...??? Celle où nous devons tous être pauvre et en contrat précaire??Et un pays où régnera la guerre entre sociétés privées qui n'auront qu'une seule visée: payer toujours moins cher le salarié et l'exploiter toujours davantage??? Et tout ça pour un service clientèle désastreux et totalement inhumain...???