Assises Nationales de la Mobilité : 4 heures de débat sans que le train ne soit évoqué !

Publié le par Bernard Aubin

 

Les Assises de la Mobilité, vous connaissez ? Ces débats, ces rencontres nationales et régionales dont le but serait de construire les transports en commun de demain... Débutées en septembre et devant se terminer le 13 décembre, ces assises serviront de base à la rédaction d’une nouvelle loi (LOMI) qui remplacera notamment la vieille « LOTI » de 1982, un texte qui au passage consacrait les missions de service public de la SNCF. C’est du moins la version officielle. Une autre consisterait à affirmer qu’une fois de plus, le débat public n’aura pour vocation que de servir d’alibi à des  décisions gouvernementales arrêtées de longue date. Rappelons que l’avenir de la SNCF, pour sa part, de même que l’ouverture totale du réseau à la concurrence, ne fait l’objet d’aucune table ronde : L’ancien PDG d’Air France KLM a été chargé de rédiger un rapport à ce sujet sur ce sujet jugé trop sulfureux pour être ouvertement débattu. Jean Cyril Spinetta rendra sa copie avant le 15 janvier… au retour de ses vacances d’hiver.

 

Ces "assises" manquaient peut-être d'envergure, d'une dimension internationale... Cette carence est comblée depuis ce 24 novembre au matin. Elisabeth Borne a réuni de nombreux spécialistes et autres acteurs des transports français et étrangers au Palais des Congrès de Paris. Le Ministre des Transports  a une nouvelle fois déclaré vouloir « écouter ce qui a été réalisé pour nourrir la nouvelle loi sur les mobilités ». Soit. L’un des premiers intervenants fut le Ministre des Transports italiens. Il fit part des mesures gouvernementales destinées à rattreper les retards d'investissement dans les infrastructures de transports : 10 milliards d’euros y seront consacrés. Vint ensuite le temps des échanges en tables rondes, sur trois thèmes : les nouvelles formes de mobilité, la conduite automatisée et les politiques de mobilité.

 

Parmi les « panelistes » figuraient de nombreux spécialistes : responsables de services numériques, d’urbanisme ou d’aménagement du territoire, directeurs de start-up ou représentants de grands groupes, universitaires, chercheurs, membre de commission, d’éthique, élu local étranger, décideurs politiques, représentants de la Commission Européenne… Ont été évoqués des objectifs de transition énergétique, amélioration de la technologie des batteries, les nouvelles formes de mobilités, l’apport du numérique, la libéralisation de l’accès aux données, le développement de véhicules autonomes ou connectés, ses contraintes et ses répercussions, l’indispensable multimodalité, l’adaptation de l’offre à la demande en temps réel… Sujet récurrent : la place de l’usager dans les transports de demain et la nécessité de mieux cibler les besoins individuels.

 

Si les différentes interventions témoignent des évolutions en cours et à venir, l’on pourra regretter que nombre d’entre-elles se limitent à des approches encore trop théoriques, dont la valeur ajoutée n’a pu être démontrée faute d’exemples concrets. Hormis des navettes sans chauffeur sur un itinéraire Suisse ou un taxi autonome entre Strasbourg et Kehl, la plupart des projets n’ont pas encore dépassé le stade des études. Seules 2 ou trois interventions ont fait sortir l’auditoire d’un monde des transports bien virtuel. L’un des orateurs rappelait que les usagers n’étaient pas tous possesseurs de Smartphone. Un autre précisait que parmi les heureux possesseurs de ces téléphones connectés, la moitié seulement maitrisait les applications… Le vrai retour sur terre est à mettre au crédit de… la représentante d’ATD quart monde ! Ce fut la seule à insister sur l’importance du droit à la mobilité pour tous. Un principe totalement perdu de vue jusque là par des spécialistes d’une mobilité essentiellement digitale et urbaine. Personne n'évoqua la nécessité de préserver, voire de développer le maillage du territoire français, au delà des grandes métropoles…

 

L’élément le plus significatif de cette journée n’est pas à chercher dans les sujets évoqués, mais plutôt dans ceux passés – délibérément – à la trappe. Ceux qui rêvaient de voir le transport par fer devenir l’épine dorsale des mobilités de demain en ont été pour leur grade. Comme si le rail avait été intentionnellement banni des débats. Aucun spécialiste du rail ne fut présent sur l’estrade. Aucun représentant de la SNCF ou de son millier de filiales pourtant présentes dans le monde entier n'esquissa le bout de son nez… Durant les 4 heures de débats, le chemin de fer a cessé d’exister : les mots « transport ferroviaire, rail, SNCF » n’ont été prononcés par aucun intervenant, comme si un hypnotiseur les avaient fait disparaître de leur vocabulaire : une prouesse. Où bien alors les participants devaient exceller, dans leur jeunesse, au jeu du ni oui, ni non !

 

Si l'avenir du chemin de fer a été délibérément exclu des débats, c’est grave. S’il a été oublié, c’est plus grave encore car cette omission est de mauvaise augure pour son avenir. Les "assises" se poursuivent, les lobbyistes de tous poils tentent d'imposer des solutions clés en main financées par de séduisants PPP dans les groupes de travail... Pendant ce temps, les Conseils Régionaux multiplient les suppressions de dessertes ferroviaires et la présence humaine en gare. Heureusement, un très récent décret leur permet désormais d’acquérir les lignes ferroviaires délaissées. Pour les transformer en coulées vertes empruntées par des vélos « connectés » !? La boucle serait alors bouclée !

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jojo 28/02/2018 18:26

Quelle grosse fumisterie ces assises!!! Ca me rappelle vaguement la COP21...