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Vendredi 25 avril 2008

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par Bernard Aubin
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Samedi 19 avril 2008


Le Président de la SNCF ? C’était il y a fort longtemps un décideur dont la plupart des cheminots ignoraient le nom, voire l’existence. Avec ses shows à l’américaine, Jean Bergougnoux lança une nouvelle mode, suivi de près par le sulfureux Le Floch Prigent. Un être un peu exubérant qui souhaitait replacer le client au centre de l’entreprise mais dû la quitter précipitamment pour raison de Santé.

Louis Gallois n’avait donc rien inventé… ou presque. Star des médias, sa propension à livrer, sur la place publique, ses objectifs dans les moindres détails lui coûta quelques revers, mais bon. Il marqua les esprits et l'entreprise. La SNCF poursuivit son petit chemin tant bien que mal, dans un environnement concurrentiel, politique et sociétal pas toujours très favorable.

Plus conventionnelle, Anne-Marie Idrac s’essaya aussi à la communication avec une touche d'originalité. L’allusion, pas tout à fait infondée, au Mur de Berlin est encore présente dans les mémoires. Son coup de pied dans la fourmilière des relations sociales, des plus téméraires, contribua à son éviction. Quand CGT fâchée, CGT cracher (crasher Anne-Marie ?).

Et voilà enfin l’éternel Poulidor de la SNCF propulsé n°1. Celui dont Louis devait réfrénait, parfois difficilement, la fougue et les ardeurs, paix sociale oblige, tient désormais la barre de l’entreprise. Paradoxalement, ceux qui ont largement contribué au départ d’Idrac jouent aujourd’hui les vierges effarouchées, reprochant à Pépy sur le tard ses penchants libéraux et ses initiatives en tant que numéro 2. De là à regretter la gestion bicéphale ?

Il est vrai que Guillaume, le Toni Blair de la SNCF, est très à droite de la gauche et ne s’en cache pas. Celui qui connait tous les rouages de l’entreprise mais qui ne sera jamais cheminot –il a fini par en convenir dans certaines interviewes – ,se sent plus attiré par les structures économiques modernes que par les rouages ancestraux, mais jadis efficaces, de sa maison mère.

Enfin sorti d’une oppressante chrysalide, Pépy va enfin pouvoir révéler tous ses talents. Un hebdomadaire lui prête même la réputation de Nègre de Sarko. C’est lui-même qui aurait co-rédigé la lettre de mission que lui a envoyé le Président de la République. Pas de problème de conscience, donc, pour atteindre ses objectifs. Coué n'a qu'à bien se tenir.

Acte 2, le Président de la SNCF s’adresse par courrier aux cheminots. L’ambition est débordante, à la hauteur d’un personnage déterminé à montrer tout ce qu’il a dans le ventre : « après six semaine à la présidence, je souhaite d’emblée vous présenter la SNCF telle que je la vois en 2012 : un des cinq premiers du transport et de la logistique des marchandises dans le monde, le champion incontesté d’une très grande vitesse populaire et innovante, le créateur d’un service public de nouvelle génération pour les trajets de la vie quotidienne ».

Ouaou ! Ca décoiffe. Le reste de la lettre s’inspire sans doute du "n’ayez pas peur" de Jean-Paul II : la concurrence ? Pas un épouvantail. Les relations sociales ? Je vous propose d’écrire un nouveau contrat entre l’entreprise et vous. La compétitivité ? Encore plus de productivité ! La confiance ? On a des difficultés mais on est les meilleurs. Ma première initiative : rassembler les forces de fret SNCF et de Geodis…

Les observateurs auront remarqué que la stratégie de Pépy s'inspire de celle mise en œuvre, avec un succès indéniable, en Allemagne. Malgré de nombreuses fermetures de gares, des réorganisations drastiques, des alliances économiques, et surtout une ouverture précoce du réseau à la concurrence, le fret ferroviaire y a le vent en poupe. Et ce n’est pas fini. Pourquoi ce qui a réussi en Allemagne serait inabordable en France ?

Il n’y a pas de raison. Mais le succès de cette réforme, outre-Rhin, ne doit pas dissimuler d’importants reculs sociaux. Les cheminots allemands ont depuis plusieurs années perdu leur statut de fonctionnaire. Seuls les anciens en bénéficient encore. La charge de travail s’est accrue, les conditions se sont dégradées. Et lorsque qu'un enfant voit le conducteur de son train, il dit "bonjour pépé !". Un tel effort était-il indispensable ?

Les cheminots réclamaient, depuis des lustres, une réelle synergie entre groupe SNCF et maison mère. Dans leur esprit, il s’agissait bien d’utiliser les ressources et le réseau de filiales pour alimenter les trains de fret. Ils vont bientôt être exaucés : la création d’une grande branche SNCF va au delà de leurs espérance. D’autant qu’elle implique à terme une filialisation de fret SNCF !

Quid du statut des cheminots ? La phrase de Guillaume Pépy « Je vous propose d’écrire un nouveau contrat entre l’entreprise et vous » n’a pas suscité de réaction particulière. Elle est pourtant chargée de sens et peut être interprétée au premier degré. Est-ce le prolongement, au stade individuel, d’une démarche en cours visant à adapter la règlementation du personnel à l’environnement immédiat ?

Je partage l’optimisme du nouveau Président sur l’avenir de la SNCF… Ou plutôt du groupe SNCF. Pour mémoire, la maison mère supprime 2000 emplois fret cette année. Je suis sûr que Guillaume Pépy gagnera son paris. Le groupe SNCF se hissera au rang des plus grand opérateurs de transport européens.

Mais je suis tout autant convaincu que cette réussite économique se fera au détriment d’acquis sociaux obtenus au prix d’années de combats. Les cheminots seront les grands perdants du succès de la SNCF. Et ce ne sont certainement pas les attaques menées par le Gouvernement et une large majorité de partenaires sociaux contre le pluralisme syndical qui permettront, en son temps, de jeter les bases d’une quelconque résistance.

Petit cheminot où vas-tu ?

par Bernard Aubin
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Mercredi 16 avril 2008

Selon l’AFP, la Cour des comptes prône un big-bang du système ferroviaire en proposant le transfert d'environ un tiers des cheminots de la SNCF à Réseau ferré de France (RFF), propriétaire des voies ferrées, et en demandant à l'Etat de récupérer près de la moitié de la dette de RFF.
La Cour fustige le rôle de l'Etat et sa réforme du système ferroviaire de 1997, qui a créé RFF en lui transférant 20 milliards de dettes que supportait jusque-là la SNCF.
Depuis, c'est RFF, endetté et en déficit chronique, qui doit assumer le financement et l'entretien des voies sur près de 30.000 km.
Pour les sages de la rue Cambon, "ce sont les faiblesses intrinsèques de cette réforme qui sont à l'origine de nombreuses difficultés que le secteur connaît depuis lors". Ils rappellent notamment qu'en raison du mauvais état de certains tronçons, la SNCF doit faire rouler ses trains au pas sur des centaines de kilomètres
.

L’analyse de la Cour des Comptes n’est pas sans fondement. La réforme de 1997 n’a pas réglé le problème de la dette ferroviaire. Mais était-ce vraiment le but ? A l’époque, la SNCF venait de sortir de la grande grève de 1995. L’Etat refusant de prendre à sa charge la dette de la SNCF avait imaginé un montage alambiqué pour permettre un nouveau départ de l’entreprise publique, sans fruster le personnel.

D’un côté, la SNCF conservait le personnel chargé de l’entretien des infrastructures, d’un autre, une nouvel EPIC prenait en charge la dette des infrastructures et en devenait propriétaire. Les prérogatives des deux sociétés sont encadrées par la Loi. Les deux établissements sont obligés de faire chambre commune. Seule la SNCF est autorisée à effectué l’entretien des voies et installations (elle est gestionnaire déléguée des infras).

Là où le bât blesse, c’est que l’Etat n’a pas tenu sa promesse. A savoir permettre à RFF de gérer les voies dans une certaine sérénité financière, et sans assommer la SNCF par des droits d’accès prohibitifs. En clair, l’Etat s’engageait bel et bien à prendre une part active au financement de la dette infrastructures. Ce qu’il n’a pas fait.

Rattacher les cheminots à RFF ne résoudrait en rien le problème de la dette du système ferroviaire. En fait, contrairement à ce qu’avance la Cour des Comptes, visiblement peu scrupuleuse sur l’Histoire, ce n’est pas la réforme en elle-même qui pose problème. C’est bien une fois de plus le non-respect de la parole de l’Etat.

par Bernard Aubin
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Lundi 14 avril 2008

Souvenez-vous. Nous sommes en 2005. Excédé par l’Etat qui, comme à son habitude, refuse de prendre en charge ce qui relève de sa compétence, en l’occurrence le financement du déficit des trains Corail interrégionaux, Louis Gallois tape du poing sur la table.

Et comme ses appels aux Gouvernement sont restés sans échos, l’ex-Président de la SNCF décide de supprimer purement et simplement les liaisons Corail déficitaires. Motif à moitié avoué : il n’appartient pas à la SNCF de financer sur ses deniers l’aménagement ou la desserte du territoire français.

Et il avait d’autant plus raison que l’Etat impose à la SNCF d’équilibrer ses comptes, d’être une entreprise performante… En conséquence de quoi les bénéfices de la SNCF, du TGV pour parler clair, ne doivent pas servir d’alibi à un Etat toujours prompt à se désengager de ses obligations de service public.

Revenons-en à la carte famille nombreuse. Dans un premier temps, le Gouvernement annonce qu’il n’assurera plus la compensation des tarifs sociaux à la SNCF. Ces tarifs non-commerciaux étant imposés par la loi, il est pourtant logique qu’ils fassent l’objet d’une contrepartie financière.

Rien à battre, répond l’Etat. La SNCF, surprise, balbutie dans l’urgence qu’elle étudiera une offre commerciale. Heureusement, des associations de défense des familles, des syndicats et des partis politiques montent au créneau pour défendre cet acquis social.

Devant ce tollé, Sarkozy annonce le maintien, voire même l’extension de cette carte à un public plus large. Tout comme Perben en 2005. L’ancien Ministre des Transports avait purement et simplement interdit à la SNCF de supprimer les liaisons déficitaires, ou imposait à l’entreprise publique de prendre à sa charge les trains régionaux de substitution.

Dans les deux cas, aux yeux du grand public et d’une frange de la presse peu regardante, les politiques ont donné l’impression de sauver les citoyens d’une menace… dont ils sont eux-mêmes l’auteur. Et tout cela aux frais de la SNCF et de son personnel.

Non, l’Etat continuera bien à financer la carte famille nombreuse… Mais avec l’argent de la SNCF. Les dividendes que l’entreprise versera à l’Etat dans le cadre des bénéfices qu’elle affiche ostensiblement intégreront cette nouvelle ponction.

Pendant ce temps, l’endettement du système ferroviaire s’accroit, comme le souligne la Cour des Comptes… qui épingle l’Etat et son indifférence...

par Bernard Aubin
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